Dans un entretien à Mediapart, Corinne Lepage, ancien ministre de l'environnement, présidente de Cap 21 et députée au Parlement européen, revient sur «l'affaire Woerth-Bettencourt» et dénonce, à propos de l'enquête préliminaire menée par le parquet de Nanterre, l'existence «de rideaux de fumée successifs pour éviter les vraies questions, et surtout le fonctionnement normal de nos institutions par des détournements procéduraux successifs», ajoutant «(qu)'il est extrêmement choquant que le recours...... au juge d'instruction soit systématiquement évité».
Le ministre du travail Eric Woerth a donc été entendu par le procureur Philippe Courroye, dans des conditions qui suscitent des réserves. Que pensez-vous de la façon dont est menée cette enquête préliminaire?
On est en face, avec l'affaire Woerth, d'un modus operandi qui n'est pas celui de la justice. M. Woerth dit qu'il veut s'expliquer devant la justice. Or, il ne s'est pas expliqué devant la justice, c'est inexact! Il n'y a qu'un juge d'instruction qui pourrait mener à bien cette affaire. L'audition d'Eric Woerth – pour ce qu'en a dit son avocat qui ne fait que le défendre – n'a porté que sur des points limités du dossier Bettencourt. Les citoyens français se posent des questions sur la régularité et le bien-fondé des décisions du ministre dans d'autres affaires, que vous-mêmes Mediapart – et d'autres organes de presse – avez soulevées, comme le règlement de la succession Wildenstein ou encore les interrogations autour de la vente de l'hippodrome de Compiègne et des hectares de forêt domaniale, sans respecter les règles de publicité et d'appel à la concurrence minimales.
Nous sommes en face de rideaux de fumée successifs pour éviter les vraies questions, et surtout le fonctionnement normal de nos institutions par des détournements procéduraux. Le but évident n'est pas de permettre à la vérité de s'établir mais de protéger un système. Il est extrêmement choquant que le recours au juge d'instruction soit systématiquement évité. La tribune de Madame Alliot-Marie, garde des Sceaux, publiée dans Le Monde durant l’interrogatoire de M.Woerth, rappelant l’indépendance de la magistrature est surréaliste dans la mesure où M. Woerth est entendu non pas par un juge indépendant mais à la demande du procureur qui n’est pas indépendant et qui n'appartient pas à l'Autorité judiciaire au sens de la Convention européenne des droits de l’homme, comme l’a rappelé cette cour il y a trois mois.
Cette procédure d'enquête préliminaire constitue à mes yeux une véritable régression de notre référence au droit car elle exclut l'accès de la partie civile, n'est soumise à aucun contrôle et peut durer 25 ans... Je vous en donnerai un exemple dans un tout autre domaine. Dans l'affaire des algues vertes, une enquête préliminaire a été ouverte en août 2009, un an plus tard, il ne s'est toujours rien passé (Corinne Lepage est [b]avocate de Vincent ... Read more





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