Canada : un sénateur propose de faire installer une corde dans la cellule des personnes condamnées pour meurtre pour leurs donner la possibilité de se suicider

«Moi je dis toujours dans le fond: il faudrait que chaque assassin ait le droit à sa corde dans sa cellule. Il décidera de sa vie», a déclaré M. Boisvenu à son arrivée au caucus du Parti conservateur, hier matin.

M. Boisvenu était interrogé sur l'initiative d'un collègue visant à discuter d'avortement. Il a répondu que le gouvernement ne voulait pas rouvrir ce débat, pas plus qu'il n'avait l'intention de débattre de la peine de mort, même si 60 % des Québécois se disent favorables à sa restauration.

«Moi, je suis contre la peine de mort. Mais dans les cas aussi horribles que [le meurtrier en série Clifford] Olson, est-ce qu'on peut avoir une réflexion à ce niveau-là? Des gens sur lesquels il n'y a aucune possibilité de réhabilitation, des gens qui ont assassiné des centaines, des dizaines de femmes. Je n'ai pas beaucoup de pitié pour ça.»

Immédiatement, un tollé s'en est suivi, d'autant plus que l'article 241 du Code criminel stipule qu'est passible d'une peine de prison quiconque «conseille à une personne de se donner la mort» ou «aide ou encourage quelqu'un à se donner la mort, que le suicide s'ensuive ou non».

«C'est épouvantable! Ce sont des propos haineux et méprisants qui sont absolument intolérables dans une société démocratique», s'est exclamée Danièle Roy, porte-parole de l'Association québécoise des avocats et avocates de la défense.

Selon Me Roy, Pierre-Hugues Boisvenu pourrait être poursuivi en vertu de l'article 241. Me Roy, une criminaliste respectée, déplore qu'un représentant du gouvernement fédéral se permette de bafouer avec une telle insouciance le principe de la primauté du droit. «Pour le respect de la vie humaine, c'est zéro. C'est oeil pour oeil, dent pour dent. Au Canada, on ne répond pas à la violence par la violence. On y répond par la justice.»

Le directeur général du Barreau du Québec, Claude Provencher, accorde une bien faible crédibilité au sénateur Boisvenu en matière de justice criminelle. «Il n'a pas l'expertise pour se prononcer sur des questions aussi sensibles», dit-il. Le Barreau est outré que le sénateur fasse encore l'apologie de la peine de mort, un châtiment cruel et inusité. «C'est un appel en faveur du retour à la barbarie. Quand on est un parlementaire rémunéré à même les fonds publics, on a un devoir d'éducation et d'information plutôt qu'un devoir de propagande et de désinformation.»Condamnation du bout des lèvres

À la Chambre des communes, la chef intérimaire du NPD, Nycole Turmel, a interpellé le premier ministre. «Ce que le sénateur Boisvenu dit est illégal: on ne peut pas encourager les gens à se tuer.» Stephen Harper s'est porté à la défense de son sénateur. «Le sénateur a déjà retiré ses paroles. Ce gouvernement existe pour aider les victimes. La famille de M. Boisvenu a été victime d'un crime terrible. Ce gouvernement veut agir pour défendre de tels incidents à l'avenir.» M. Harper a déjà déclaré l'année dernière que «personnellement, dans certains cas [il] croi[t] ... Read more