Secoué par la crise de la dette souveraine, l’édifice de la monnaie unique s’est fissuré. Les États estiment désormais qu’un retour aux anciennes monnaies nationales est inévitable, l’euro étant manifestement ingouvernable, les États refusant de jouer le jeu de la discipline budgétaire. Surtout, les pays les plus fragiles budgétairement estiment qu’une sortie de l’euro leur donnerait de l’air. Dans le plus grand secret, ils préparent donc la fin de l’euro, programmée pour la fin de l’année.
Il s’agit évidemment d’un scénario fiction auquel beaucoup d’analystes et d’opérateurs de marché, notamment anglo-saxons, mais pas seulement, ont cru durant les six mois qu’a duré la crise de la dette souveraine. Mais ils ont sous-estimé la volonté politique des États de maintenir coûte que coûte la monnaie unique, trop conscients des conséquences apocalyptiques d’un tel scénario. On savait, intuitivement jusque-là, que les pays faisant partie de l’eurozone ne sortiraient pas intacts d’une telle aventure. Désormais, on dispose d’une solide étude réalisée par le Britannique Mark Cliffe, économiste en chef de la banque néerlandaise ING, et son équipe, qui confirme l’ampleur de la catastrophe que serait l’éclatement de la zone euro ou même la sortie de la Grèce ou d’un autre pays.
Dans une épaisse note publiée le 7 juillet (en anglais, téléchargeable ici), et intitulée « Quantifier l’impensable » sur laquelle mon collègue du Point, Romain Gubert, a non seulement mis la main (lire son article ici), mais a eu la gentillesse de m’envoyer, Mark Cliffe a travaillé sur deux scénarios, même si d’autres sont possibles : soit un éclatement limité, seule la Grèce quittant l’euro, soit une désintégration totale. Leur conclusion ? Même si « les avantages et inconvénients à long terme d’un éclatement de la zone euro » ne sont pas évoqués et si « l’on peut toujours discuter des chiffres », « ce qui est sûr, c’est que les conséquences immédiates d’un tel choix provoqueraient un tel traumatisme que ceux qui proposent la fin de l’union monétaire comme solution à la crise doivent l’avoir en tête ». Les auteurs rappellent avec bon sens que la seule faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, en septembre 2008, a entrainé une grave récession dont nous ne sommes toujours pas sortis. On peut donc imaginer sans peine quel serait l’effet d’une implosion de la zone euro.
Pour l’équipe d’ING, quel que soit le scénario retenu (sortie de la seule Grèce ou implosion générale), la croissance recevra un énorme coup de marteau. Et cela, pour plusieurs raisons : même si la sortie est programmée à l’avance, la réintroduction d’une monnaie nationale posera de tels problèmes juridiques et logistiques qu’elle aura un effet sur ... Read more





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